Emmanuel Macron face à nos lecteurs : l’indépendance de la presse quotidienne régionale à l’épreuve
“La démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes”. A l’ère de la désinformation de masse et du poids considérable des plateformes numériques dans la construction des opinions publiques, ce sujet majeur appelle des réponses politiques à court terme qui dessineront l’avenir du pays.
Après Toulouse le 12 novembre, à l’initiative de La Dépêche du Midi, et Arras le 19 novembre pour La Voix du Nord, le président de la République Emmanuel Macron était ce vendredi 28 novembre à Mirecourt, près d'Epinal (Vosges), face aux lecteurs de Vosges-Matin et plus globalement du groupe de presse Ebra, invités d’un « grand débat » autour de cette même thématique.
Le dispositif sera dupliqué dans les prochaines semaines en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bretagne, dans la région centre et en Nouvelle Aquitaine, pour permettre au chef de l’Etat de boucler son « tour de France » d’ici la fin de l’année.
Inédite, l’opération a été montée en urgence, courant octobre, à l’initiative de l’Élysée, officialisée et annoncée lors d’une réunion qui s’est tenue le 27 octobre au palais, a-t-on appris dans un article du Monde du 20 novembre. Une quinzaine d’éditeurs de la presse quotidienne régionale y participaient, avec le président du Syndicat de la presse quotidienne régionale et patron de La Dépêche du Midi Jean-Michel Baylet en entremetteur, et Emmanuel Macron en maître de cérémonie.
Un tour de France des journaux qui n'a rien de gratuit pour les titres hôtes. En plus des frais liés à l'organisation de la rencontre, la Dépêche du Midi a dû financer en urgence tout le matériel pour la retransmission vidéo, tandis que le groupe Ebra a payé le déplacement et l'hébergement des lecteurs participants. Une facilité de paiement dont aimeraient bien bénéficier les salariés des journaux, touchés par le gel des salaires et des conditions de travail de plus en plus difficiles.
Premier syndicat de la profession, le Syndicat national des journalistes (SNJ) s’inquiète de voir la presse quotidienne régionale se mettre au pas d’un chef de l’État en fin de mandat, probablement plus soucieux de rebondir dans les sondages que de traiter le sujet de fond de l’impact des nouvelles technologies dans le champ de l’information.
L’indépendance de la presse vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir est un combat permanent des journalistes, et devrait être celui de l’ensemble des acteurs de la presse, éditeurs compris. En se pliant instantanément aux exigences de l’Elysée, les dirigeants de nos journaux ont porté un sérieux coup de canif au contrat de lecture qui lie la PQR à ses lecteurs.
Pourquoi, par ailleurs, avoir fait le choix de tenir les journalistes à l’écart de l’événement, et de se passer de l’intelligence collective des rédactions ? Les questions des lecteurs sont précieuses mais ne sauraient seules rendre compte de toute la complexité du sujet, qui méritait mieux que ces petits arrangements entre amis.
Lyon
Vendredi 28 novembre 2025
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