On ne choisit pas « ses » journalistes

On ne choisit pas « ses » journalistes

« Le journaliste accomplit tous les actes de sa profession (enquête, investigations, prise d’images et de sons, etc…) librement, a accès à toutes les sources d’information concernant les faits qui conditionnent la vie publique », rappelle dans son préambule la Charte d’éthique professionnelle des journalistes (SNJ, 1918/38/2011).

Nulle revendication corporatiste derrière cette phrase mais bien un impératif démocratique de pluralisme et l’essence même du journalisme. Car au fond qu’est-ce qu’un ou une reporter ? La personne qui relate et analyse ce qu’elle a pu observer dans un lieu où elle a recueilli des informations et des témoignages.

C’est ce dont les services de la Présidence de la République ont privé des journalistes le 3 février à Vesoul (Haute-Saône) où Emmanuel Macron rendait visite à des agriculteurs et des lycéens. Confrères et consœurs parqués dans des lieux clos, politique de « pools » restreints limitant les images qui ne seront pas partagées ensuite avec tous les médias - y compris quand elles sont réalisées par l’Elysée -, volonté d’empêcher le recueil de témoignages… Un Président de la République, qui tient son mandat du suffrage universel et se doit de rendre (des) compte(s), ne devrait pas faire ça.

Il en va de même pour celles et ceux qui briguent actuellement un mandat municipal. Dernier exemple en date, Jean-Michel Aulas. L’homme d’affaires, candidat à la mairie de Lyon, a réalisé le 4 février une visite de terrain dans le quartier de La Duchère en compagnie de l’ancien ministre Jean-Louis Borloo. Seuls certains médias étaient conviés, d’autres journalistes étant sciemment écartés. L’ancien dirigeant sportif n’en est pas à son premier tri sélectif en la matière. 

Le Syndicat national des journalistes, première organisation de la profession, tient à dénoncer ces entraves à la liberté d’informer. Il appelle toutes celles et ceux qui détiennent ou briguent un mandat électoral à respecter la liberté de la presse et son pluralisme.

Les confrères et consœurs ne doivent pas hésiter à faire remonter ces pratiques délétères au SNJ. Il en va d’un journalisme éthique, de terrain, au plus près des sources. C’est aussi un enjeu démocratique au moment où les électeurs et les électrices doivent pouvoir voter de manière informée et éclairée.

Paris, le 10 février 2026

Paris
Mardi 10 février 2026
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