Non, les employeurs ne peuvent pas faire n’importe quoi sous prétexte de l’IA !
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, se réjouit de la décision du tribunal judiciaire de Créteil, rendue le 15 septembre, mettant un coup d’arrêt au projet de remplacer les journalistes secrétaires de rédaction (SR) par des agents d'intelligence artificielle au sein de Gisi (L'Usine nouvelle, LSA, L'Argus de l’assurance…), une société du groupe Infopro Digital.
Rien ne semble pouvoir arrêter le déploiement sauvage de l’IA dans les rédactions… Rien ? Les représentants du personnel de Gisi viennent pourtant d’obtenir une victoire judiciaire bloquant le projet de la direction qui visait à supprimer tous les postes de secrétaires de rédaction pour les remplacer par des agents d’intelligence artificielle.
Saisi dans le cadre d’une procédure en référé pour protéger la santé des salariés menacée par les conséquences d’un plan imposé de manière brutale et chaotique, le tribunal judiciaire de Créteil a rendu, le 15 septembre, une décision qui fera date. Il impose à la direction de suspendre, sans délai, son projet de réorganisation et les suppressions de postes envisagées tant qu’elle n’aura pas fait la preuve de la viabilité de ces agents d’IA et démontré l'adéquation entre la future charge de travail avec les effectifs des rédactions.
Concrètement, la justice exige de la direction de faire ce que les élus demandaient depuis des mois : réalisation de numéros zéro en conditions de production réelle, évaluation sérieuse du temps de travail des SR et du gain de productivité envisagé (ou pas) grâce aux agents d’IA, analyse du report de la charge de travail sur les équipes restantes à la rédaction rédigeante et à la réalisation (maquettistes, iconographes…). Cette décision donne, dans l'immédiat, de nouveaux arguments à faire valoir pour les représentants du personnel de la société sœur Groupe Moniteur (Le Moniteur du BTP, La Gazette des communes…), confronté à un projet identique visant la suppression de 11 postes de journalistes secrétaires de rédaction.
Ce résultat est le fruit d’une mobilisation collective : dès l'annonce du plan le 4 mai, les rédactions font bloc, et ont fait en grève les 6 et 7 mai, une motion de défiance a été largement soutenue, les organisations syndicales ont alerté le cabinet de la ministre de la Culture et plusieurs députés, la présence des journalistes et salariés d'Infopro Digital a été massive lors de la manifestation nationale du 18 juin à Paris pour dénoncer l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi dans la presse…
C’est en s’appuyant sur cet élan collectif et en consultant des spécialistes de l’IA que les élus du CSE, réunis au sein d’une intersyndicale regroupant tous les organisations syndicales représentatives (SNJ, SNJ-CGT, CFDT, Unsa, FO) ont bâti une stratégie gagnante.
Pour le SNJ, cette décision majeure doit surtout être un message clair pour toutes les rédactions confrontées à des plans similaires que tentent d’imposer des patrons de presse saisis d'ivresse de l’IA. C’est aussi le rappel que les évolutions technologiques ne peuvent pas servir de prétexte à une casse sociale. Au milieu des bouleversements induits par l’innovation, la seule boussole qui vaille pour maintenir le cap d’une information de qualité est la déontologie. L’information n’est pas une marchandise ! La résignation n’est pas une option ! La mobilisation permet de remettre la spécificité de nos métiers et les enjeux humains au centre des débats !

