« Nous demandons instamment que la France accueille celles et ceux qui attendent en pays tiers, notamment en Iran, où leur situation est critique »
Monsieur le Président de la République,
Depuis plusieurs mois déjà, les Afghans temporairement réfugiés en Iran, parmi lesquels de nombreux journalistes, artistes, militants et défenseurs des droits humains, font l’objet d’arrestations, pressions, menaces et expulsions massives. Cette situation s’est accentuée depuis l'arrêt récent des opérations militaires dans le conflit israélo-iranien, alors que beaucoup se sont retrouvés expulsés de leur logement, sans ressource et sans solution de repli.
Nos consoeurs et confrères afghans ont aussi toutes les peines du monde à obtenir des extensions de leur visa temporaire, elles et eux qui ont fui en Iran dans l’attente d’un rendez-vous à l’ambassade de France à Téhéran. Toutes et tous sont venus en Iran, portés par la promesse et l’espérance d’une aide de la France.
Près de 450 000 Afghans ont déjà été contraints par les autorités iraniennes à rentrer dans leur pays depuis le 1er juin. Et ceux qui n’ont pas de visa temporaire renouvelé avaient jusqu’au 6 juillet pour quitter d’eux-mêmes le sol iranien. Toutes et tous livrés aux mains du régime taliban, les journalistes encourent des risques d’arrestations, détentions et tortures. Nous en avons déjà, hélas, plusieurs exemples. Voici quelques mois notamment, l’un de nos confrères, dont le visa français avait été refusé en juin 2024, a été expulsé d’Iran vers l’Afghanistan où il a été interpellé, détenu, et a subi de mauvais traitements. Aujourd’hui il se terre, isolé, dans l’espoir d’une issue.
Depuis août 2021, le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, s’est engagé, avec la Fédération Internationale des Journalistes, aux côtés de ses consoeurs et confrères. Nous demandons instamment que la France accueille celles et ceux qui attendent en pays tiers, notamment en Iran, où leur situation est critique.
En vous écrivant, nous mesurons toute la complexité et la gravité de la situation actuelle. Nous les mesurons bien, croyez-le. Mais alors qu'en Afghanistan la traque des journalistes et des opposants aux talibans s'intensifie, alors que de très nombreux médias ont fermé, il est impératif d’accorder des entretiens et de délivrer des visas à nos consoeurs et confrères qui sont dans une situation alarmante.
Depuis 2021, la France a su faire preuve d’humanité. De nombreux journalistes, artistes, militants, défenseurs des droits humains ont été accueillis en France, et ce en dépit d’attentes souvent longues. L’engagement français du 16 aout 2021 ne doit ni faiblir ni être remis en cause. En Iran, aujourd’hui, l’urgence est extrême.

