PSE à l’Yonne Républicaine : la rédaction sacrifiée, l’avenir plus qu’incertain
La semaine dernière, le SNJ, par l’intermédiaire de ses représentants à l’Yonne Républicaine, a pris ses responsabilités : il a refusé de signer l’accord validant le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) et de réorganisation de l’entreprise. La direction ne doit l’accord majoritaire qu’elle vient d’arracher qu’aux signatures de la CFDT et de la CGT, in extremis en ce qui concerne ce second syndicat.
Au terme des CSE extraordinaires qui lui étaient consacrés en parallèle aux négociations, les élus ont rendu collégialement un avis défavorable à ce PSE. Cet avis s’appuie sur les conclusions éloquentes de l’expert et il va permettre d'alerter la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (Dreets) sur les dangers que le plan comporte. La Dreets peut maintenant décider de ne pas valider ce PSE. Cela obligera la direction à reprendre les négociations au début et à revoir son plan. Nous saurons bientôt si c'est le cas, avant le mois d'août.
Nous, élus SNJ, estimons que le PSE présenté par la direction n’apporte pas de garanties sur les conditions de travail futures. Nous considérons qu’il ne constitue pas non plus une solution pérenne à la gravité de la situation financière. Pire, nous pensons que les arbitrages en défaveur de la rédaction vont faire plonger davantage des chiffres de ventes déjà catastrophiques et accentuer les dangers en matière de souffrance au travail. A ce sujet, il n’a été réalisé aucune évaluation de l’impact sur la santé, sur la sécurité, sur les conditions d’exercice et sur la charge de travail futures des salariés. Nous rappelons que la direction est responsable de la santé physique et mentale des effectifs. Elle devra assumer les tensions, burn-out ou accident du travail qui seront provoqués par sa volontaire ignorance des conditions de travail des salariés.
10 postes perdus pour les journalistes, la qualité du journal en danger
Plus de deux mois et demi de négociations n’ont pas permis de faire prendre conscience à la direction des complications qui attendaient notre journal. Les réunions ont été menées tambour battant, sans aucun état d’âme. Y compris durant les obsèques d’un salarié... Pour arriver à ses fins, le groupe Centre France a utilisé, au cours même du PSE, la notion de zone d’emploi. Celle-ci est considérée comme contraire à l’esprit de la loi lorsqu’elle isole des individus, ce qui est le cas pour deux personnes à l’Yonne Républicaine.
Le directeur éditorial du groupe Centre France, Stéphane Vergeade, et le rédacteur en chef de l’Yonne Républicaine, Franck Morales, avaient été sollicités en amont pour délimiter ce PSE. Durant les négociations, ils ont confirmé leur choix de faire passer en un an de 40 à 30 le nombre de postes à la rédaction, soit dix suppressions (7 avant le PSE puis 3 avec le PSE). Ils n'expliquent pas pour autant comment les objectifs éditoriaux pourraient être atteints. Leur seule piste ? « On fera autrement ». Plus qu’inquiétant. Ces responsables devront en tout cas répondre, dans les années à venir, de ce véritable sacrifice et de ses conséquences. La qualité du journal se trouvera malheureusement automatiquement dégradée.
Fermeture d'agence à Avallon, désertion d'autres locales : des choix iniques et contraires à la proximité
Aux effectifs amputés, s’ajoutent, de surcroît, des décisions qui nous éloignent encore des lecteurs, alors même que la direction n’a que la sacro-sainte “proximité” à la bouche : fermeture de l’agence d’Avallon ; décision de ne laisser qu’un unique journaliste en poste à Joigny ; choix de déserter deux agences tous les week-ends.
Alors qu’elle vient d’accorder onze ans de salaires d’un simple reporter à son ancien rédacteur en chef pour éviter la commission arbitrale des journalistes, la direction du groupe Centre France détruit, avec ce PSE, deux postes de journaliste qui coûtaient peu. Comment expliquer cela à une rédaction bientôt exsangue ?
Que va-t-il se passer maintenant ? La direction va présenter son PSE à la direction du travail (Dreets). Puisque les deux autres délégués syndicaux ont signé, notre choix de ne pas le faire a moins de poids. Mais l'invalidation est encore possible. C’est bien la défense des droits des salariés et de la réaction qui a dicté notre position et qui aurait dû faire l'unanimité. Quoi qu'il advienne, nous resterons mobilisés. Et nous serons prêts à déclencher des alertes et enquêtes "risques psychosociaux"(RPS) si c’est nécessaire.
Même si ses reporters restent engagés quotidiennement et s'efforcent de faire correctement leur travail, l’avenir est aujourd'hui plus qu'incertain à l'Yonne Républicaine. L'épilogue de ce plan social est historique puisque jamais la rédaction n’a été potentiellement si démunie de moyens. Cela marque assurément une rupture dans la confiance qu'une majorité de journalistes pouvaient avoir envers leur direction.

