Une tribune en trop, une petite récup' en plus
Ce mercredi 10 septembre après-midi, l’ensemble des salariés du groupe CMA CGM ont reçu un message de son PDG Rodolphe Saadé, dont l'entreprise est actionnaire unique de La Provence. Ce dernier a pris la plume pour s’exprimer sur la situation que traverse notre pays et les manifestations qui en découlent, appelant à "la concorde nationale".
Mais ce que l’on pensait n’être qu’un message interne était en fait une tribune déjà publiée sur LaProvence.com.
Après le douloureux épisode de la "une" consacrée à la visite du président Macron dans le quartier de La Castellane à Marseille en mars 2024, qui avait entraîné une mobilisation historique de la rédaction de La Provence pour pointer une ingérence de l'actionnaire dans l'éditorial, le SNJ et la direction de l'entreprise avaient travaillé de longs mois pour rédiger une charte éditoriale.
Cette dernière stipule que l'ensemble des services du journal La Provence, depuis son actionnaire jusqu'à l'ensemble des salariés, s'engagent à respecter l'indépendance éditoriale et déontologique. Chaque journaliste doit ainsi, notamment, ne pas exprimer d'opinion partisane sur les réseaux sociaux.
Lorsque Rodolphe Saadé s'exprime, en particulier sur le contexte politique, il le fait certes en tant qu’armateur de premier plan, mais, indirectement, également en tant que propriétaire du premier quotidien de presse régionale dans les trois départements que couvre notre titre de presse. D’ailleurs, cette tribune n’a pas manqué d’être récupérée à des fins politiques sur les réseaux sociaux.
Dans un contexte national troublé et à l’approche de la campagne d'élections municipales qui s’annonce musclée un peu partout dans notre région, cela risque de mettre à mal nos conditions de travail, notre crédibilité et de crisper une partie de nos lecteurs qui y verraient un soutien à peine masqué à la politique du président de la République.
Le SNJ, premier syndicat de la rédaction de La Provence, tient donc à dénoncer ici une confusion des genres qui pourrait discréditer l'indépendance que revendique la rédaction à l'égard des pouvoirs, quels qu'ils soient.

